L’esprit de l’animation

L’esprit de l’animation

Animer un groupe c’est d’abord accueillir les personnes qui le constituent. Les valeurs et les intentions que nous avons en tant qu’animateurs sont essentielles dans cet accueil. Ce sont elles qui vont faire le creuset de la vie du groupe et des apprentissages ou explorations qui vont y naitre et s’y développer.

L’apprentissage, comme l’exploration, sollicite d’abord l’attention et la détente.

Quel que soit le groupe que nous animons nous invitons les participants à l’attention. Toutes nos propositions vont interroger et développer chez eux leurs capacités d’observation, de réflexion, d’écoute, écoute dehors ou écoute dedans… La possibilité d’attention est une des grandes qualités humaines dans tous les domaines. Cette attention, cette écoute, cette ouverture, vers soi, l’autre et tout le vivant convoquent le goût de vivre.

Nous sommes des êtres incarnés. Nous sommes portés par un mouvement d’incarnation. Quoique nous vivions, nous le vivons dans le corps ou à partir du corps, nous le vivons dans le souffle, c’est-à-dire notre façon de respirer, nous le vivons selon notre posture corporelle. C’est pourquoi l’attention au corps et à la respiration est l’attention principale. L’animateur présent est en lien avec son corps : sa posture, sa respiration et tous les signes qui viennent de son corps. Et quand nous animons un groupe, nous avons cette attention pour notre propre corps et aussi pour ceux des participants : ils nous enseignent sur leur état, physique, émotionnel et mental, et peut-être le vécu du groupe. Ramenons régulièrement leur attention sur leur posture, leur souffle, ne serait-ce qu’en rappelant de respirer, qu’en invitant à soupirer.

La question du corps est intimement liée à la détente. Un corps détendu crée un esprit tranquille et un cœur calme. Donc toutes les propositions exercent la détente ou la prise de conscience des tensions qui est souvent la première étape sur le chemin de cette détente. Des moments de pause, de relaxation sont la plupart du temps plus utiles que beaucoup d’exercices pour soutenir l’apprentissage ou le processus.

L’installation de la détente dans le corps autorise une détente mentale et psychologique, une détente globale qui favorise l’apprentissage, qui autorise l’exploration. Mais souvent le corps ne peut se détendre et le processus se mettre en route tant que le mental n’est pas rassuré, tant que les peurs ne sont pas allégées. Et l’animation va donc à ce moment-là se centrer principalement sur l’installation d’une détente au moins relative.

L’animateur porte la confiance et valide l’engagement.

C’est bien la détente qui va permettre à la confiance de s’installer. Une confiance globale qui progressivement atténue les craintes face à l’inconnu, face au regard de l’autre et face à ses propres manques (réels ou fantasmés). La confiance qui peut se construire en participant à un groupe est très précieuse. Que ce soit dans un groupe de randonnée, de formation, de thérapie, elle vient éveiller ou renforcer une confiance globale dans l’existence, une foi même dans la vie et dans le mystère qui nous entoure et qui nous fonde. C’est la confiance globale de l’animateur qui soutient les personnes et le groupe dans ce mouvement de confiance.

Quand nous animons un groupe nous faisons des propositions à ce groupe et nous demandons aux participants de s’engager. S’engager à dire, à danser, à écouter, à apprendre, à oser, peu importe. La notion d’engagement est au cœur du groupe. En tant que participants partager un temps avec d’autres demande toujours, peu ou prou, de développer la confiance et de passer ainsi des barrières, de faire preuve d’audace car notre place risque d’être interrogée, notre valeur bafouée, nos croyances remises en cause. Et tout ça serait sans doute rester bien au calme si nous étions restés seuls ! Nous animateurs avons donc à valider l’engagement des personnes, nous ne savons pas quelle force et quel courage cela leur demande !

L’être humain marche sur un chemin d’incarnation et de conscience. Toute expérience de vie est une opportunité de conscience. Les expériences de groupes – apprentissage, exploration – offrent ainsi des occasions de conscience.

Attention Détente Confiance Engagement Conscience

Le jeu facilite l’expérience.

La richesse du jeu n’est certes plus à prouver. Rappelons-nous déjà combien l’apprentissage est plus rapide et efficace s’il est proposé dans et par le jeu.

Le jeu convoque l’enfant que nous avons été et que nous portons encore. Ou même l’enfant libre que nous n’avons peut-être jamais pu être…

Si l’enfant joueur, joyeux, est là, alors la personne se détend, elle retrouve la confiance et le plaisir. Elle s’ouvre et s’engage avec légèreté, elle peut ainsi vivre et intégrer l’expérience avec beaucoup plus d’aisance.

Nous, animateurs, restons centrés bien sûr dans notre travail et, en même temps, soyons légers, prenons du plaisir et par « contagion », les participants entreront dans le jeu.

Le jeu/amusement ouvre l’espace pour le Jeu/Je et la construction ou détente de l’identité.

L’aspect ludique dans l’animation va être plus ou moins présent ou souligné selon les moments et les besoins. Pensez à proposer aussi ces petits jeux, tout simples, parfois connus de tous, qui l’air de rien regorgent de qualités. Ainsi le portrait chinois : si j’étais un animal – ou… – je serais …,

Ils auraient pu faire l’objet de fiches aussi 

Un animateur est un créateur.

Chaque exercice proposé est une mine potentielle permettant d’en inventer beaucoup d’autres :

  • en changeant un des aspects (par exemple : silence ou musique, vite ou lentement, yeux ouverts ou fermés, etc.),
  • ou en changeant l’image proposée ou l’objectif.

Un exercice de détente peut devenir une danse si on adapte la consigne et rajoute de la musique.

Un professionnel expérimenté ou/et inspiré peut, sur le moment, créer intuitivement un exercice inédit (nourri par tous ceux qu’il a déjà pratiqués et proposés).

La qualité de présence de l’animateur fait la qualité de l’animation.

Comme nous le disions tout au début de cet ouvrage, une bonne animation de groupe dépend bien sûr de la préparation, du choix du matériel adéquat, des savoir-faire de l’animateur, mais elle réside, sans doute plus encore, dans son savoir être, sa qualité d’attention.

Il s’agit pour l’animateur d’être attentif dans différentes directions :

  • une première attention globale à l’environnement.
  • une attention au processus du groupe.
  • une attention à chaque personne.

Et toutes s’ancrent dans une attention à lui-même.

Ces différents types d’attention nourrissent une forme de présence qui soutient la relation dans toutes les directions.

Ainsi, cette attention peut parfois entrainer à répéter, ou à donner une consigne, un conseil, – au groupe – alors qu’une seule personne en a besoin ; cela permet d’éviter de stigmatiser une difficulté ou un échec et de mettre en avant une personne qui pourrait en être choquée.

L’animation à plusieurs est une aventure singulière.

La coanimation est une question spécifique et vraiment intéressante à penser. Ce n’est pas l’objet de cet ouvrage mais citons quelques repères.

L’animation et la coanimation d’un groupe requièrent des qualités d’engagement plus ou moins exigeantes suivant la nature du groupe.

La préparation d’un groupe coanimé doit être soignée, surtout si c’est un début de coanimation. Mais la qualité de la relation entre les coanimateurs va autant compter qu’une préparation minutieuse : des qualités de communication, de transparence et de solidarité sont requises ou à développer.

Et bien sûr la préparation doit être suffisamment réfléchie et organisée en particulier dans l’alternance des animateurs.

Il y a une réflexion à conduire suivant les séquences dans un exercice, ou pour un exercice entier afin d’identifier qui conduira (en majeur) et qui soutiendra (en mineur). Sauf exception, le mineur ne doit pas prendre la main dans le travail du majeur.

Un couple d’animateurs très expérimentés peut parvenir à être un binôme en majeur, ce qui est la quintessence de la coanimation, exprimant une grande connaissance mutuelle et une parfaite complicité.

Enfin les animateurs doivent prévoir un débriefing/intégration à l’issue de l’animation.

! L’animateur accueille tranquillement les émotions.

Il y a un domaine spécifique qui nécessite une attention toute particulière : les émotions et leur accompagnement.

Dans un groupe, la prise de parole, le contact avec soi, l’écoute des autres peuvent faire émerger beaucoup d’émotions.

Selon le type de groupe, de cadre et les savoir-faire de l’animateur, ces émotions vont être :

  • soit accueillies par une écoute bienveillante et contenues en mettant des limites lorsque que ce n’est ni le moment, ni le lieu.
  • soit repérées et encouragées (dans des contextes de psychothérapie ou de certaines thérapies).

Dans tous les cas, plus l’animateur est tranquille avec les émotions – c’est-à-dire en premier lieu avec ses propres émotions – mieux il pourra accueillir sans stress les émotions des participants, de manière adéquate dans le contexte présent.

Amis animateurs, coachs, thérapeutes, formateurs, ayez confiance dans le travail que vous proposez, gardez la foi dans l’être humain, et prenez plaisir à animer !