Le rituel

Les fiches :

Le rituel, un temps de structure et de beauté

POUR CULTIVER : Partage et célébration

Les rituels structurent notre vie quotidienne, que nous en soyons conscients ou non. Les répétitions ou enchainements d’actes (« douche puis café » ou « thé plus douche plus yoga ») structurent le temps dans la journée, la semaine, le mois, l’année, la vie toute entière. De la fonction de survie, comme les TOC qui aident à canaliser l’angoisse, au lien avec le sacré (mariage, funérailles…), le rituel donne du sens. Nous avons nos rituels personnels mais le sens profond du rituel est collectif.

Nous avons besoin de rituels.

Et aujourd’hui beaucoup de nos rituels actuels ont perdu le sens sacré des rituels traditionnels : ainsi le permis de conduire, la première cuite, le bizutage… qui sont sans doute aussi des tentatives de retrouver du sens dans un collectif.

Or nous avons besoin de rituels personnellement et collectivement, pour structurer le temps, pour sécuriser, pour partager, et aussi pour ouvrir de nouveaux espaces psychologiques et/ou spirituels, mystérieux.

Dans toute animation de groupe, il est possible de ritualiser un temps, une séquence et la première intention est de sécuriser et contenir en donnant une forme, un rythme. On peut commencer un groupe de la même manière chaque fois par exemple. On peut proposer aussi que la parole soit toujours accompagnée par le bâton de parole. Une musique particulière peut devenir un repère. Ainsi chaque exercice peut prendre une dimension rituelle, dans ce collectif particulier.

Pour ouvrir et fermer

Ainsi il est intéressant de ritualiser l’accueil d’un groupe. Au lieu d’être uniquement dans la cordialité et le formel (lieu, horaire…), on peut effectivement construire une structure plus solennelle, rythmée et qui introduit une dimension symbolique. Dans certains stages de psychothérapie, les règles de respect de l’environnement puis les règles du cadre sont énoncées. Ensuite chaque personne s’engage devant le groupe à les respecter, levant une main et posant l’autre au centre de sa poitrine. « Moi, X, je m’engage ! » ou « Moi, X, je m’engage à respecter ces règles ! »

De la même façon, ce peut être très contenant et structurant de ritualiser certaines étapes du processus du groupe et la fin du groupe.

Pour exprimer

Un partage peut être accompagné par le bâton de parole.

Le bâton de parole, dans les sociétés traditionnelles, passe d’un membre à l’autre de la tribu et seul celui qui le tient peut parler. Ce rituel, qui est repris dans différents contextes aujourd’hui, permet de protéger l’espace de parole de chacun, en évitant qu’il soit interrompu par des commentaires ou questions.

La personne qui reçoit le bâton s’exprime en disant : « Moi, Mina, je … » Il termine en disant : « J’ai parlé ! » L’ensemble du cercle répond « ho ! » ou « aho ! »

Pour vivre du solennel

Nous pouvons ainsi ritualiser toutes les étapes d’un groupe, dans tous les objectifs. Nous l’avons vu avec L’ouverture et la clôture et L’expression. Si nous nous saluons d’une façon codifiée au début du groupe, ce sera la rencontre. Si nous nous asseyons en silence immobiles un moment, l’énergie sera transformée. Etc.

Mais le rituel n’est pas un exercice comme un autre. D’abord le rituel apporte du solennel : si nous faisons entrer dans la salle de travail les personnes une par une en silence, l’atmosphère sera radicalement différente d’une entrée tous ensemble en bavardant par exemple.

Et puis le rituel fait de la place au symbole : une bougie, des fleurs, des cailloux pour la décoration de la pièce, un geste (mettre la main droite sur le cœur par exemple), une organisation du groupe (le cercle en lui-même est déjà porteur de symbole). Toutes ces informations n’ont pas besoin d’explication mais, d’emblée, colorent l’atmosphère du lieu.

Les rites de passage proposent une traversée.

On peut distinguer les rituels de début et de fin de groupe et les rituels qui accompagnent le processus même du groupe : traversées ou épreuves, fins d’étapes, appartenance, affirmation de soi, ouverture…

Dans une communauté, un groupe, le rituel peut accompagner : le passage, la structuration psychique, l’initiation, l’épreuve, l’ouverture au sens, au sacré, au mystère. Et il y a toujours aussi la dimension collective avec les notions d’appartenance, de place, d’existence et de partage.

Un rituel engagé, plus profond, exige une maturité et l’adhésion du groupe. Le rituel n’est pas un jeu dans le sens ludique, il est sérieux, il demande une forme de silence et d’intériorité. Les ingrédients d’un tel rituel sont : une forme avec des rôles assignés, une dynamique (il y a plusieurs phases) et une mise en scène. Le collectif, le corps et l’audace (ou l’épreuve) sont convoqués.

Dans un groupe, nous allons proposer un rituel pour un partage plus intime, pour gérer l’angoisse ou la violence, pour signifier un passage, un engagement, ou pour introduire de la profondeur, du sacré.

Pour un rituel, on utilise souvent de la musique (enregistrée ou avec un ou des instruments) ou le chant, des bougies, des fleurs, des couleurs et tout ce qui offre de la beauté. Ou on propose le rituel dans la nature. La plupart des rituels traditionnels se faisaient bien sûr dans la nature et pour les groupes, quand la nature est accessible, elle offre elle-même la beauté, le sacré, le mystère.

Dans certains types de groupe, il est possible et adéquat de proposer un rituel personnel à une personne au milieu des autres. Par exemple on demande à un participant de chanter devant le groupe et cela représente pour lui une épreuve et une étape de vie. Ou devant les autres et soutenu par eux, il brule la photo de son ex-amie dont il veut maintenant faire le deuil… Etc.

L’animateur peut créer des rituels.

Un animateur centré et ayant l‘expérience de rituels, qu’ils soient traditionnels ou plus récents, pourra créer des rituels au service du processus du groupe et surtout ritualiser des propositions qui étaient très pragmatiques au départ. Il le fera si c’est adapté au type de groupe qu’il anime et au moment.

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C’est l’engagement de l’animateur et sa qualité de présence pour proposer le rituel qui va vraiment soutenir le côté solennel de ce moment. On ne joue pas à faire un rituel ! Tous les contextes ne sont pas adaptés.

Avec davantage de conscience et d’attention, grâce aux rituels, nous pouvons accompagner les groupes vers plus de profondeur et d’engagement, à la fois dans leur humanité et vers les mystères de la Vie.