Le concret de l’animation
L’expérience et l’apprentissage requièrent de la sécurité.
Dans tous les cas, dans un groupe, vous avez à privilégier d’abord la sécurité physique et psychique.
Les différents cadres proposés vont avoir un effet contenant, à différents niveaux.
Le contexte, cadre très matériel, d’abord :
- Le cadre horaire doit indiquer clairement début ou fin, ou nommer les incertitudes si le cadre horaire est souple.
- L’espace physique doit être prévu autant que possible : la pièce et son aménagement, ou en extérieur (taille, lumière, tranquillité…).
Un groupe doit aussi avoir des règles de fonctionnement, c’est-à-dire un cadre (thérapeutique ou non).
Interrogez-vous : quel type de groupe et d’objectifs ? Quel type d’engagement associé à demander aux participants et à l’animateur ou l’équipe ? Plus le cadre est clair pour tout le monde, plus les participants vont s’engager volontiers dans de nouvelles expériences et apprendre, découvrir.
Il y a ainsi pour l’animateur des règles importantes à considérer pour pouvoir faire des choix conscients :
Est-ce que ce groupe précis demande un engagement à la confidentialité ? C’est le cas dans la plupart des groupes de développement personnel, de thérapie et de formation dans ces domaines. Il n’y a pas de secret dans ce qui est proposé par l’animateur mais les participants et l’animateur s’engagent à ne pas parler des expériences des autres à l’extérieur du groupe. En dehors du groupe, chaque participant parle uniquement de sa propre expérience s’il le désire.
Dans un groupe de psychothérapie, et en général dans les groupes de développement personnel, il s’agit de poser les règles spécifiques pour un travail qui demande dévoilement, engagement personnel, et qui nécessite une sécurité accrue. Elles sont en général au nombre de trois :
- La règle de confidentialité que l’on a vue ci-dessus
- Une règle de non-passage à l’acte qui met des limites dans l’ « agir » dans le groupe (pas de violence, pas de flirt ou sexualité, pas de drogues, pas d’alcool, …, par exemple)
- Une règle d’engagement, à étudier elle aussi selon le groupe (à rester jusqu’au bout du temps prévu ? à rester dans le lieu du groupe quand on travaille ? etc.)
Une fois les règles posées les participants doivent s’engager à les respecter. « Levez tous la main pour montrer que vous vous engagez à respecter ces règles. » On peut aussi ritualiser cet engagement. (Voir chapitre Le rituel page …)
Ensuite on peut donner des recommandations aux participants. Si c’est un groupe de travail corporel : ne pas forcer sur le corps, respecter des limites « douces ».
Si c’est un groupe de thérapie, veiller à rester en contact avec soi, laisser les téléphones fermés (ce qui pourrait appartenir à une règle) …
Dans tous les cas, il ne devrait jamais y avoir d’obligation de participer à quelque exercice que ce soit pour justement respecter la sécurité physique et psychique de chacun.
Dans tous les types de groupe, le respect de soi et de l’autre est l’invitation de base, dite ou non dite. Car en réalité c’est l’attitude de l’animateur qui fait loi. Parfois il sera cependant nécessaire de nommer cette recommandation.
L’installation matérielle est le premier contenant pour l’expérience.
Pour lancer un exercice, il s’agit de bien mettre en place l’installation de la salle (coussins, chaises, rideaux clos ou matelas par exemple) et du groupe (en cercle, en duos, assis, couché…) et d’éviter ainsi le flou dans l’espace et dans les esprits. Cela nuirait à l’engagement des participants dans l’expérience.
Suivant la complexité de ce que vous proposez et suivant vos objectifs, vous pouvez faire cette installation avant ou après avoir expliqué l’exercice et donné les consignes.
Par exemple, si un exercice se pratique assis et en cercle, il sera plus simple de donner la consigne quand les personnes seront installées assises en cercle.
A l’inverse, si les personnes doivent se répartir dans un grand espace, il vaudra mieux leur donner la consigne avant la dispersion dans l’espace. (Ne serait-ce que pour être bien entendu de chacun.)
Pour pouvoir assurer au niveau matériel, l’animateur aura donc une liste de matériel en amont de l’animation. Cette liste à prévoir est bien sûr fonction du type de groupe, de la durée, du lieu…
Certains groupes nécessitent un matériel incontournable. Si vous animez un groupe de travail corporel et de relaxation en musique, vous devrez avoir un appareil pour passer la musique et les morceaux eux-mêmes. Ou des instruments si vous faites vous-même la musique. Cela parait évident mais ce n’est pas au dernier moment que tout cela peut s’envisager. Surtout si vous allez dans une salle inconnue. Vous aurez à tester le son, choisir l’emplacement de l’appareil ou des musiciens.
Certains groupes ne nécessitent aucun matériel, ou très peu ! Cependant certains objets vont permettre de contenir plus agréablement le temps du groupe, les exercices, d’autres vont multiplier les opportunités ou/et créer des atmosphères différentes.
Trousse de pharmacie de base
Pour les pauses :
Eau et verres
Thermos de tisane, thé, café
Biscuits, fruits secs…
L’installation dans la salle :
Coussins, sièges (zafus, bob-seats ou black-jacks par exemple) / tables et chaises
Coussins, couvertures, tapis de sol, matelas
Masques oculaires
Paperboard, feutres, post it, stylos, feuilles
Musique:
Sono : ordinateur et enceintes
Instruments : tambours, gong, cloche, …
Expression artistique:
Matériel de dessin et peinture
Revues, ciseaux, colle
Tissus, foulards
Divers
Ficelle, pinces à linge, scotch
Balles, ballons et éventuellement autres jeux d’extérieur (freezbee…)
…
Les consignes sont à répéter
Connaissez suffisamment l’exercice et ses consignes avant de les proposer, elles peuvent bien sûr être adaptées au type de groupe, de cadre, de moment, mais dans tous les cas, elles doivent d’abord être claires pour celui qui les propose.
Veillez à la bonne compréhension des consignes par le groupe ; une consigne est rarement entièrement comprise du premier coup, n’hésitez pas à répéter. Deux stratégies sont possibles :
- soit « le disque rayé » (répétez exactement la même chose le temps qu’il faudra)
- soit en cherchant la ou les autres formulations qui vont « percuter ». Souvent on répétera la même consigne de façons différentes pour qu’un maximum de participants puisse comprendre.
La constitution de sous-groupes enrichit la palette d’expériences.
Quand les exercices se pratiquent en duos ou en petits groupes (duos, groupes de 3, 4 …), le choix de partenaires peut être libre (« Choisissez un partenaire. ») ou dirigé :
- Consigne dans l’espace : « Travaillez à deux avec la personne la plus proche de vous dans le groupe. » ou « Dans le cercle, une personne sur deux avance d’un pas, puis se retourne et fait un pas sur sa droite, vous êtes en duos. »
- Consigne d’association particulière : « Choisissez une personne qui a la même taille (ou la même stature) que vous. », ou « Choisissez une personne que vous n’avez pas encore rencontrée aujourd’hui. » par exemple.
Dans tous les cas, veillez à ce que la consigne donnée s’adapte au groupe présent. On va ainsi éviter de parler de corpulence si une personne obèse est présente et risque de se retrouver seule.
Quand il y a un nombre impair dans le groupe, pour constituer les duos, selon le contexte et l’exercice :
- un des assistants ou animateurs peut participer (si l’exercice s’y prête)
- on peut faire un trio si cela s’adapte à l’exercice
- on donne une consigne particulière à la personne qui reste seule : on peut lui donner un miroir par exemple, si la consigne peut s’adapter à la relation à soi-même, ou lui confier une tâche spécifique (observer les duos et voir ce qu’elle peut y apprendre ou « seconder » l’animateur…)
! Vous, Nous, Je ?
Dans les consignes, l’animateur peut alterner le « nous » et le « vous ». Cette utilisation de la première ou deuxième personne du pluriel peut être spontanée ou plus stratégique, c’est-à-dire très intentionnelle.
Avec le « Nous », l’animateur s’associe au groupe. Par exemple il peut l’utiliser au départ ou à la fin d’un exercice : « Nous retrouvons le silence. »
Avec le « Vous », l’animateur se différencie du groupe et c’est important, cela a du sens : « Vous formez un cercle. », « Vous choisissez un partenaire. » ou « Fermez les yeux. » Vous pouvez être très directs en évitant un ton trop autoritaire : « Choisissez un espace dans la pièce, asseyez-vous, gardez les yeux ouverts… ». C’est souvent le plus simple et le plus efficace.
Evitez en tout cas d’employer de trop « Je vous invite à … » ? C’est une expression qui devient vite très lourde.
Certains animateurs emploient le « Je » pour certains exercices, de détente par exemple. C’est possible si cela correspond à la réalité, si l’animateur fait aussi ce qu’il propose. Mais ce n’est cependant pas toujours bien compris pour les participants.
Quad vous donnez des consignes, n’hésitez pas à vous mettre vous-mêmes en scène, pour clarifier votre propos en montrant l’exercice.
Rappelons-nous que les petites choses sont souvent si précieuses ! Accueillir un groupe dans une salle propre, claire, avec un joli bouquet ou/et avec une petite musique de fond indique une attention qui pour la plupart des participants va faciliter la détente et la confiance nécessaires.